Le saumon sur l’Elorn

Comme sur l’ensemble des rivières de Basse Bretagne, environ 50 % des jeunes saumons de l’ELORN dévalent vers la mer après un hiver passé en eau douce, 50 % après deux hivers.

Après leur long périple dans l’Atlantique Nord, deux cohortes de saumons adultes remonteront l’ELORN après :

  • 1 hiver de mer. Ces saumons appelés castillons « gwennig « en Breton, grisle (anglo saxon) migrent essentiellement  en été et en automne. Ils mesurent de 50 cm pour les plus petits à 65-67  cm environ, pèsent de 1,5 kg à 3 kg.
  • 2 hivers de mer. Ces saumons mesurent de 67 cm à 85 cm environ et pèsent de 3 kg à 6 kg. On les nomme « saumons de printemps » et leur migration en rivière s’effectue de mars à mai.

Partout en Europe, les saumons de 3 hivers de mer sont de plus en plus rares. Ce sont des grands saumons de 85 cm à 1 mètre, voir davantage sur certaines grandes rivières (ALLIER, GAVES…).Quelques sujets sont parfois capturés sur l’ELORN 

Depuis 3 décennies, sur l’ELORN comme partout en Bretagne et sur la plupart des rivières en EUROPE, on observe une forte diminution des saumons de printemps et une modification des rythmes de remontée.

Sur l’ELORN, dans les années 70, l’essentiel de la remontée annuelle était constitué de saumons de printemps. Leur migration était concentrée sur la période mi- février/fin mars. Cette catégorie de saumon a vu ses effectifs diminuer dans des proportions considérables. Ainsi estimons nous que la population des années 70 (1) s’établissait dans une fourchette de 500 à 1000 poissons. Début des années 2OOO, elle s’établissait dans une fourchette de 5O à 2OO poissons, depuis cinq ou six ans dans une fourchette de 12O à 3OO poissons.

Pour autant, au cours de ces 50 dernières années, il n’est pas certain que le nombre total de saumon ait véritablement diminué. En effet, durant cette période la population de saumons tardifs, (saumons de plus petite taille = poids moyen en baisse) à l’inverse des saumons de printemps, a augmenté de manière vraisemblablement tout aussi importante. Sur l’ELORN, ce stock fluctue à présent dans une fourchette de 500 à plus de 1000 poissons. (près de 15OO les meilleures saisons).

Autre phénomène, les rythmes de remontée n’ont cessé d’évoluer. Ainsi, dans les années 80 la migration estivale se concentrait sur la période 15 juin – 15 juillet. Depuis quelques années  , l’essentiel de cette montaison estivale se concentre de la quatrième semaine de juillet à la fin du mois d’Août. En outre, (fin de la décennie 90/début des années 2000) on a pu constater qu’un pourcentage de plus en plus important de saumons tardifs pouvait atteindre des tailles supérieures à 60 – 65 cm, voir même à 70 cm. Au cours de ces toutes dernières années, la taille moyenne semble à nouveau régresser.

Ces observations ont été rendues possibles sur l’ELORN grâce :

  • Au « CHUPEN » : une association créée dans les années 50 pour favoriser la déclaration des captures, d’où des  « statistiques » anciennes sur l’Elorn,
  • Un programme scientifique, mis en place à partir de 1977, entre l’association et le CNEXO-COB (aujourd’hui IFREMER) qui a permis un suivi précis des captures et des remontées (première trappe de comptage installée en 1977 ).
  • Aux inventaires piscicoles (Indices d’abondance), comptage de frayères, vidéo comptage, etc…

Tous ces éléments démontrent que rien n’est simple et surtout pas l’évolution des populations de poissons, surtout lorsqu’il s’agit d’un grand migrateur comme le saumon Atlantique. Ainsi, à titre d’exemple, des années de production exceptionnelles de juvéniles en rivière (voir chapitre bilan indices d’abondance) ne semblent pas se traduire les années suivantes, par des retours d’adultes en rapport avec ces fortes densités. La phase de vie marine du saumon atlantique reste donc mystérieuse. Cependant, selon certaines études scientifiques, la mortalité en mer aurait augmenté de manière importante depuis les années 70. Surexploitation ? Effet du réchauffement climatique ? Beaucoup de théories sont avancée mais il apparaît désormais incontestable que le maillon faible se situe dans le milieu marin.

(1) la population de saumons de printemps s’est écroulée deux ans après l’apparition d’une maladie apparue en 197O – l’UDN / nécrose dermale ulcérative.